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La personne de référence ou comment répondre au besoin de continuité de l’enfant. Partie 1

Me revoilà en mode EJE (à prononcer Euh Ji Euh. J’entends encore des èje et ça me fait tout bizarre ;-)).

J’ai assisté récemment à une conférence de Miriam Rasse, invitée par la FNEJE pour représenter l’association Pikler-Loczy.

Voici telles quelles mes notes, à peine organisées et remaniées mais dans l’ordre de ce que j’ai entendu. Je suis beaucoup trop occupée pour prendre le temps de résumer, compiler et faire un écrit tout beau tout professionnel, désolée.

Voici donc une première partie, car j’en ai écrit des pages de notes et vu le contexte viral, je suis loin d’être en très grande capacité de faire fissa. ça tombe bien, je rappelle que j’hiverne encore.

L’attachement
est un moyen pour l’enfant de développer sa sécurité interne qui lui permettra d’évoluer
vers une autonomie propre et réelle.
http://www.petalesquebec.org

Partie 1 : Les jeunes enfants accueillis ont profondément besoin d’être reconnus individuellement et de pouvoir compter sur et pour quelqu’un : quelles conditions pour construire une relation « à juste distance », même en collectivité ?

Rappel des spécificités des besoins d’un tout-petit :

Le nouveau-né, le nourrisson et encore le bébé ressentent des tensions internes. Ils expriment des besoins primaires, binaires. Leur mode de communication est gestuel, corporel et vocal.

« Penser bébé » nécessite une sensibilité pour une réception optimale, c’est primordial. Il est vital pour l’enfant qu’un adulte donne du sens à ce qu’il ressent (sensorialité) par une communication directe, en mettant à disposition son appareil psychique.

Ex : « Peut-être que tu as faim, cela fait 2 heures que tu as eu une tétée », « ta couche est souillée, je m’en occupe pour que tu te sentes plus à l’aise… » Etc.

Martine LAMOUR parle de « penser le bébé », c’est une communication encore plus élaborée qui nécessite un travail psychique intense de la part des adultes, une fatigue, voire un surmenage, surtout pour les mères qui portent leur bébé dans leur tête en permanence les premiers temps. La préoccupation primaire maternelle est vitale au bébé, mais peut amener à une dépression (+hormones) post-partum si la mère n’est pas soutenue dans sa fonction ; à force de tâtonnements, d’expérimentation de recherches et parfois sans solutions satisfaisantes. Mais cet état, s’il est supporté et soutenu est indispensable afin que l’enfant construise sa sécurité interne. C’est l’expression de la dépendance du bébé pour se maintenir en vie. Le statut de parent est ainsi valorisé même s’il est vécu comme « lourd ». C’est un long accompagnement vers l’autonomie qui se fait ni trop vite, ni pas assez.

L’enfant suit son développement et les adultes répondent afin que l’enfant se construise. Être des parents suffisamment bons donne du sens, cela organise la vie extérieure de l’enfant qui ensuite organise son monde interne.

A l’intérieur d’un bébé tout est chaos.

source : http://blog2zhom.com/il-a-deja-mange-y-a-une-heure/

Il prendra donc appui sur la stabilité du monde externe qui lui sera proposé pour construire son monde interne avec des réponses immédiates à ses besoins dès la naissance. Il est capital d’y répondre, car le nouveau-né sort d’un état fœtal dans lequel il est nourrit, porté, au chaud en permanence, il ne ressent aucun état de besoin. A sa naissance, l’absence de contenance, de chaleur, de nourriture lui procure des sensations inconnues et donc des sensations de malaise qu’il n’identifie pas. Il n’a aucune expérience de la digestion et son système digestif se met en place peu à peu, ce qui cause souvent des désagréments pendant plusieurs semaines.

Le nouveau-né vit une période d’illusion, il pense qu’il crée lui-même les réponses à ses besoins et ses demandes, il croit s’auto-satisfaire. Comme les réponses vont s’espacer, le bébé découvre qu’il y a « quelqu’un » qui revient auprès de lui. Jusqu’alors il s’agit d’une odeur, une voix, une forme, un visage. Il découvre sa dépendance. Il découvre, éprouve et construit l’attachement. Le bébé est pragmatique, l’attachement n’est pas inné. Le bébé s’attache aux personnes qui prennent soin de lui, pas forcément à ses parents durant les premiers mois.

Etre suffisamment bon, cela signifie que l’adulte est suffisant (pas parfait), qu’il laisse un écart entre la satisfaction/réponse et la demande/besoin. L’enfant existe ainsi, il peut exprimer ce qui ne le satisfait pas.

Parallèlement, il découvre un environnement, un entourage, des personnes sur lesquelles il peut compter. Sinon, il est en grande insécurité. L’enfant peut ressentir des « angoisses inimaginables », « il peut se sentir « éclaté en morceaux ». Le nouveau-né insatisfait, qui attend trop longtemps éprouve la mort. Un rapport peut être fait avec les angoisses psychotiques des autistes, des angoisses qui semblent irraisonnées.

Les personnes sur lesquelles il peut compter sont la source de sa sécurité, c’est une sécurité acquise si ses besoins vitaux sont satisfaits dans l’immédiat.

Winnicott parle de relation fiable, stable, continue, prévisible. L’enfant a besoin d’une personne qui propose les mêmes choses dans les mêmes situations, une routine, une régularité, une stabilité. Cela explique que des enfants qui vivent des situations « limites » dans leur famille sont à la recherche de celles-ci en institutions car cela les rassure. Ils se sont construits sur ce mode de fonctionnement et ne connaissent que celui-ci. L’enfant peut amener tous les adultes à répéter ce qu’il vit même si c’est maltraitant.

Dans la régularité, l’enfant prend des points de repères. Il reconnait des signaux, il sait qu’ils se reproduisent. Il peut ainsi anticiper, se préparer et donc attendre. Il apprend à différer son besoin car il sait que son besoin sera satisfait comme d’habitude. Les expériences de satisfaction souvent vécues, il se les remémore. Il y participe de plus en plus et peut ainsi être actif, il contribue aussi à ses soins. Ce ne peut être le cas, si tout change à chaque fois car il ne sait pas ce qu’il va se passer, il reste dans l’incertitude. Il n’est pas impuissant car il est capable de reconnaître ses sensations. Son organisation interne qui se construit lui permet d’identifier ses besoins, de les communiquer car les adultes les différencient pour lui dès la naissance. L’enfant peut donc, avec le temps, donner des indications pour que ses besoins soient satisfaits. Il devient partenaire si l’adulte est attentif à ses expressions et ses indications. L’enfant va dire qui il est de manière singulière. Il réagit et montre quand il est apaisé, détendu ou au contraire crispé, mal à l’aise. Cela donne des indices sur les besoins de cet enfant-là. Y être attentif permet de s’ajuster à l’enfant, en cherchant la réponse adéquate. Quand les besoins sont satisfaits, l’ouverture au monde est possible. Si l’enfant est préoccupé par ses besoins, cela l’en empêche. Si un adulte cherche une réponse aux besoins exprimés de l’enfant, celui-ci sent que l’adulte est réceptif à ce qu’il exprime. Il se sent écouté, pris en compte. Ce que l’enfant exprime, influence le comportement de l’adulte. Cela rejoint le besoin de compétence (ne pas confondre avec capacité/système nerveux/développement/maturation) = l’enfant agit sur le monde, il a une influence, il est actif.

Un enfant peut vite renoncer à agir sur le monde. Il est appelé « docile », « facile », car il accepte tout, il a cessé d’exprimer qui il est car il a dit et n’a pas été entendu. Quand un individu n’est pas entendu soit il renonce car il n’existe plus et se replie sur lui-même soit il se révolte, se rebelle, il attaque, agresse avec toute sa force vitale. Il exprime souvent un sentiment d’impuissance.

L’adulte a la responsabilité d’être attentif à l’expression des besoins d’un enfant, de les prendre en compte. Quand l’enfant se sent entendu, il peut influencer le comportement de l’adulte puisqu’il se sent reconnu, considéré ce qui l’amène à construire son identité et son estime de lui. Il se sent important, bien dans sa peau. Cela participe à la construction des premières relations sociales. Le modèle d’écoute et de réponse des adultes qui l’entourent donne à l’enfant la façon de se comporter avec les autres. Le comportement de l’adulte induit celui de l’enfant avec ses pairs, entre autre.

Apprendre à l’enfant à exprimer son désir lui signifie qu’il en a le droit. L’accompagner à écouter ce que dit l’autre qui en a le droit aussi lui permet de prendre en compte son entourage et pas seulement son désir. L’enfant apprend car il l’expérimente, pas parce qu’on lui dit. (Les chemins de l’apprentissage, Spirale. Erès.)

Au fil du temps qui passe le bébé n’est plus dépendant ni  impuissant.

Hommage aux métiers de la petite enfance

@jout du 23 juillet 2017 :

C’est un écrit moins professionnel (daté de 2013). Et oui je suis aussi remplie de défauts. La bienveillance, je l’ai appréhendée « sur le tas ». Quand j’ai écrit ce texte, je pensais surtout à ma famille et je me suis rappelée de quelques piques par-ci par-là, dans le cadre professionnel, alors je l’ai publié.

Il y a des gens, sur cette planète, qui pensent que s’occuper d’enfants ne demande aucune formation, juste de l’amour et du bon sens. Soit. Sauf que c’est plus compliqué. L’amour c’est insuffisant, incomplet et parfois mal dosé. Pareil pour le bon sens…

Il y a des gens qui pensent même que les formations petite enfance ne servent à rien et qu’il est possible de faire sans… Dans la sphère familiale c’est certain ( et encore, j’en entends et vois des vertes et des pas mûres tous les jours dans la rue, les magasins, les lieux publics…), mais en mode collectif, j’en doute fortement !

Personne n’est parfait, mais quand on se consacre à la petite enfance (en faisant des études pour), en général, c’est par vocation et pour en savoir plus. Les théoriciens et les professionnels sur le terrain , depuis des années, étudient et constatent, de manière clinique et  scientifique, l’évolution de l’Enfant. On en sait de plus en plus sur ce qui est adapté pour Lui.

Alors, ceux qui rejettent en bloc et critiquent tout ce savoir et ces acquis -lesquels sont pourtant mobiles et sans cesse remis en question, évalués et questionnés -et bien tous ces gens je les plains, car au final je pense qu’ils sont juste jaloux de passer à côté de  l’éveil des générations futures.

Toute cette prise de conscience est récente. Les résultats sont peu flagrants… et surtout à l’échelle mondiale, seule une minorité d’enfants en bénéficie.

Quoiqu’il en soit, j’œuvre pour cette cause, celle de l’Enfant. C’est mon métier, c’était celui de ma mère et j’en suis fière.

 

montessori

EJE, le métier, version officielle

En théorie : « l’Éducateur de Jeunes enfants, spécialiste de la petite enfance,

l’éducateur de jeunes enfants assure 4 fonctions :

l’accueil ;

l’éducation ;

la prévention ;

la coordination.

Il intervient auprès d’enfants âgés de 0 à 7 ans, en relation avec leurs parents.

Il les accompagne dans leur apprentissage de l’autonomie, de la vie sociale… Son rôle consiste à stimuler leurs potentialités intellectuelles, affectives et artistiques à travers des activités ludiques et éducatives.

Accompagner l’épanouissement de l’enfant

L’EJE tient compte du milieu familial de l’enfant, dans ses dimensions sociales et culturelles. Il est attentif aux problèmes de santé ou de comportement rencontrés chez les petits et contribue à en prévenir l’apparition. À partir d’un projet pédagogique l’EJE amène les enfants à pratiquer diverses activités (peinture, danse, musique…). Il mobilise leurs sens pour favoriser leur expression verbale et non verbale.

Il leur apprend aussi à vivre en société, étape préalable à une scolarité réussie. »

Liens :

Fédération des EJE

Passerelle EJE (le site a disparu)

 

EJEsource de l’image mise en avant : EJE

 

La cause des enfants

la-cause-des-enfants

Chaque fois que je sors de chez moi, il n’y a pas un jour où je ne vois pas un enfant « mal-traité », très souvent verbalement. Le mot est fort mais d’après moi quand on dit ‘tu me fais ch***‘ à un enfant, oui on le maltraite et encore je n’entre pas dans le détail.

Ce n’est que la partie visible de l’iceberg cet exemple, à côté des gifles et autres vulgarités qui s’ensuivent…

Voici un texte qui prône la bienveillance envers les enfants, êtres humains en devenir.

"Vous dites :
— 'C’est épuisant de s'occuper
 des enfants'.
Vous avez raison.
Vous ajoutez :
— 'Parce que nous devons nous mettre à leur niveau.
 Nous baisser, nous pencher, nous courber, 
nous rapetisser'.
Là, vous vous trompez. 
Ce n'est pas tant cela qui fatigue le plus, 
que le fait d'être obligé de nous élever jusqu'à 
la hauteur de leurs sentiments.
De nous élever, nous étirer, 
nous mettre sur la pointe des pieds, nous tendre.
Pour ne pas les blesser. "

Janusz KORCZAK, prologue de Quand je redeviendrai petit

Traduction AFJK (révisée en 2007).

Cette citation a été publiée en 1990 
et longtemps diffusée par l’Association française 
Janusz Korczak en hommage à la Convention 
internationale des droits de l’enfant (CIDE) 
adoptée par l’ONU en 1989, sous la forme 
d'une carte postale illustrée par le peintre 
surréaliste W. Siudmak, qui a connu un très grand succès.

L’ouvrage de Janusz Korczak dont elle est tirée, 
Quand je redeviendrai petit, est l'un des plus
 beaux romans pour enfants de Korczak dédié 
aux droits de l’enfant. Il a été traduit et publié 
en français sous le titre : Le droit de l’enfant
 au respect, coédition Laffont/Œuvres 
représentatives de l’Unesco, 1979 (épuisé).

C’est humain de penser qu’on est à bout, de le dire, mais à quoi ça sert de le dire de cette façon ?

Les enfants traités ainsi seront les adultes de demain…

Il y a tellement de possibilités d’être aidés aujourd’hui. Quand on n’en peut plus, y-a-t-il besoin de courage pour demander un relais, un avis extérieur…?

Sans doute que oui et surtout encore faut-il se rendre compte qu’on est dans la « douce violence« .

enfant

La cause des enfants montre la voie de la bienveillance. Elle montre aussi la voie de la fermeté. Il n’est pas question de laxisme ni d’abandon de la fonction parentale sinon, l’excès inverse se produit mais au départ, je remarque que l’enfant est dans les deux cas « mal-traité ».

« Il est plus facile d’éduquer un enfant que de réparer un adulte ».

« Lorsque les pères s’habituent à laisser faire les enfants, lorsque les fils ne tiennent plus compte de leurs paroles, lorsque les maîtres tremblent devant leurs élèves et préfèrent les flatter, lorsque finalement les jeunes méprisent les lois parce qu’ils ne reconnaissent plus au-dessus d’eux l’autorité de rien et de personne, alors, c’est là, en toute beauté et en toute jeunesse, le début de la tyrannie. »

Platon

Liens :

Comment la famille transmet l’ordre inégal des choses

Éducation non violente et développement du cerveau, un duo gagnant ?

Vidéos :

clip télé contre les violences éducatives ordinaires

Un clip contre la gifle :

Mon imaginaire détaille la vidéo :

-« Tu entends ce que je te dis ?

-« Oui, non, je sais pas, tu es au téléphone donc je suppose que tu parles à quelqu’un d’autre et puis je joue. »

-« claque »

-« Ah tiens, oui je n’ai pas entendu mais j’ai senti. Et pas tout à fait compris. »

– » c’est dingue ça ! »

Source de l’image mise en avant : grandis-moi !

Place du handicap dans mon parcours

J’ai fait partie des étudiants dont la formation d’éducateur de jeunes enfants a duré 27 mois. Aujourd’hui après une réforme, c’est 6 mois de plus pour obtenir le diplôme d’Etat. La formation comporte une partie théorique et une autre pratique sous forme d’apprentissage en milieu professionnel.

Pendant ma formation, j’ai beaucoup réfléchi au choix des stages. On avait le droit à 3 vœux dans un ordre précis. Les miens ont été exaucés. Tous mes stages ont été formateurs, même quand ça ne s’est pas passé comme je l’aurai souhaité.

Aparté : Je me rends compte avec les problèmes que rencontrent aujourd’hui les étudiants à cause de la gratification des stages, que j’ai eu beaucoup de chance de tous les valider. La formation est d’ailleurs en danger si la loi n’est pas modifiée. Je ne suis pas trop les actualités à ce sujet mais j’espère que les étudiants des promotions en cours obtiendront gain de cause.

Durant la formation, il y a certaines notions que nous ne voyons pas de façon approfondie, telle que le handicap. Par manque de temps. Les stages sont aussi proposés pour répondre à cette lacune.

stage IEM
stage IEM

L’éducateur de jeunes enfants étant amené à travailler auprès de tous les enfants, il a toute sa fonction en milieu spécialisé. J’ai acquis cette conviction grâce à un stage. Le handicap dans la vie d’un enfant prend beaucoup d’espace. Pourtant l’enfant handicapé est avant tout un enfant. Notre rôle est de lui permettre de profiter de son enfance, presque comme les autres enfants de son âge. Nos propositions sont les mêmes, on les réfléchit et on les adapte.

Mon plus long stage s’est ainsi déroulé en Institut d’Education Motrice (IEM) avec des enfants en majorité infirmes moteurs cérébraux (IMC). C’est-à-dire en coque de maintien et en fauteuil roulant. La plupart des enfants ne sont pas autonomes, ne parlent pas (ou pas encore), ne se déplacent pas, mais ils communiquent. Ce fut le sujet de mon mémoire : la Communication Non Verbale.

J’ai été malmenée par la recherche de mon identité professionnelle. Il m’a fallu revoir mes objectifs et j’ai du élargir le sujet de mon mémoire à tous les enfants, pas seulement les enfants porteurs de handicaps. J’ai ainsi abordé le sujet en observant plus attentivement les bébés et les jeunes enfants qui ne parlent pas, durant un stage supplémentaire.

Tout ça pour dire que le handicap, dans notre métier, a sa place. Les concepts parcourus en formation seront revus et forcément approfondis en stage ou sur le terrain. C’est de toute façon une expérience qui mérite d’être vécue. Notre positionnement est parfois mis à mal. L’équipe de collègues devient pluridisciplinaire ce qui rend les échanges de points de vue variés et c’est très profitable à tous.

Aparté : « Être autiste ne signifie pas être inhumain. Cela signifie être étranger. Cela signifie que ce qui est normal pour les autres ne l’est pas pour moi et ce qui est normal pour moi ne l’est pas pour les autres. A certains égards je suis très mal équipé pour survivre dans ce monde comme un extraterrestre échoué sur la terre sans manuel d’orientation. Mais ma personnalité est intacte, ma conscience de moi n’est pas altérée. Je trouve beaucoup de sens et de valeur à ma vie et je n’ai aucune envie d’être guéri de moi-même.
Si vous voulez m’aider, n’essayez pas de me confiner à une mince partie du monde que vous pouvez changer pour me caser. Accordez moi la dignité de me rencontrer selon mes propres ter
mes.
Reconnaître que nous sommes également étrangers l’un à l’autre, que ma façon d’être n’est pas simplement une version déficiente de la vôtre.
Interrogez vous sur vos présupposés. Définissez vos mots. Travaillez avec moi à construire davantage de ponts entre nous. »

Jim Sinclair (personne autiste), citation tirée de ce lien : Récits de personnes autistes

Lecture : le voyage d’Anton

Anton
« les premières années de la vie d’Anton, atteint d’un syndrome neurologique le rendant différent des autres ».

Ou plutôt re-lecture. J’ai lu ce livre il y a dix ans de cela, quand il est sorti. Mon exemplaire est dédicacé par Anton, himself ! J’en suis très fière !

Je relis peu les livres bien rangés dans ma bibliothèque et je me rends compte que c’est dommage car il y a toujours quelque chose qui nous échappe à la première lecture. Je comprends d’autant plus ce besoin qu’ont les enfants de lire ou d’entendre raconter la même histoire, presque inlassablement…

L’émotion a été la même, je m’en souviens encore. Le message, par contre, a résonné bien plus fort !

J’ai fait la connaissance d’Anton quand il était dans la classe Arc-en-ciel. Sans diplôme ni formation, la directrice de l’école m’a accordée cette chance extraordinaire de travailler avec elle, son équipe et tous ces enfants. Durant ma présence dans ce groupe scolaire, ma vocation est née…elle a pris forme, elle était tapie en moi, attendant le déclic.

Toutes ces rencontres restent parmi mes plus beaux souvenirs. Des années intenses et bien remplies…mes collègues sont restés de très bons amis. Relire le voyage d’Anton m’a replongée dans ma vocation première : accompagner des enfants que l’on dit « en difficulté et différents »…plus je les fréquentais plus je pensais que c’était le monde qui avait des difficultés, et pas eux !

Et puis, je suis partie me former. La nécessité d’en savoir plus m’a donnée des ailes. Je suis retournée aux enfants lambda, si je puis dire. Un jour, je reviendrai vers la différence, en me demandant toujours « qu’est-ce donc que la normalité ? ».

C’est sa mère, Mariana Loupan, qui raconte ce parcours atypique, presque un voyage initiatique, dans lequel il y a un vrai voyage.

Extraits : « Pour nous, entendre parler d’école, c’était comme entendre parler du paradis, de quelque chose d’inaccessible  dont nous n’osions même pas rêver. Anton aurait le droit d’aller à l’école comme tout le monde ? Nous étions si épuisés par notre parcours du combattant, par l’hostilité et l’indifférence du système que l’idée même que notre fils ait des droits, nous avait échappé. A commencer par le droit à l’éducation. »

« C’est ce qui arrive souvent aux enfants comme Anton. Il parle peu, on lui parle moins. Il a du mal à tenir son crayon, on dit qu’il n’écrira pas. Il ne comprend pas une consigne, on n’insiste pas. On présume qu’il ne peut pas. On pose des limites. L’univers de l’enfant rétrécit, tout naturellement, et l’enfant reste sur le bas-côté. Je veux qu’on lui tende la main pour prendre la sienne, pour l’aider. Non pas pour lui donner des miettes. Je veux qu’il marche à côté des autres, la tête haute. »

« Parfois, une simple phrase peut changer le cours d’une vie. Pour moi, elle a été prononcée à Jérusalem, un matin de février 2000, par le professeur Reuven Feuerstein : « C’est à vous de choisir… ».

Billet d’humeur (du jour)

chat

Utiliser le sens exact des mots est autant un défaut qu’une qualité chez moi.

C’est plus fort que moi, je bondis intérieurement quand je lis ou j’entends des termes qui me semblent inappropriés (le second degré a bon dos…).

Oui, dans mon cerveau, le mot garderie est presque un gros mot. En tous cas, il me semble appartenir à une autre époque. Pour illustration, relisons la définition du verbe :

garder , verbe transitif

  • Sens 1

    Veiller sur.

    Exemple : Garder les moutons.
  • Sens 2

    Surveiller pour empêcher de sortir.

    Exemple : Garder un condamné.
  • Sens 3

    Conserver sur ou avec soi.

    Exemple : Garder ses papiers sur soi.
  • Sens 4

    Mettre de côté pour soi ou pour quelqu’un.

    Exemple : Il garde sa place.

C’est bien loin de correspondre au travail des professionnels de la petite enfance (en général) qui s’évertuent, parfois dans de mauvaises conditions, à accueillir, prendre soin et accompagner le quotidien des enfants quand leurs parents travaillent.

On accepte d’évoluer dans toutes sortes de domaines, pourquoi pas celui de la petite enfance ? Je prends ça trop à cœur, je m’en rends bien compte.

 C’est avec du temps  que le terme « accueil » entrera dans les mœurs, tout comme le nom patronymique qui est remplacé par le nom de famille depuis la Loi n° 2002-304 du 4 mars 2002.

Aujourd’hui, les lieux d’accueil ont toutes sortes de dénominations. Oui je sais bien, un nom générique comme « garderie » c’est bien commode. Sauf que pour nous, professionnels, surtout pour moi, je vais éviter de parler au nom des autres… c’est un peu comme déconsidérer le travail fait depuis des années pour que les enfants, vos enfants, soient accueillis et non plus « gardés ».

Voici quelques définitions :

Une crèche est une structure adaptée aux besoins des jeunes enfants accueillis dès l’âge de deux mois et demi jusqu’à trois ans. Elle accueille à la journée et de façon régulière les enfants dont les parents travaillent.

Une halte garderie de jeux est un lieu d’accueil ponctuel pour les jeunes enfants. Cette solution est réservée aux enfants dont l’un des parents ne travaille pas, à raison de trois demi-journées maximum par semaine.

Un multiaccueil propose un accueil collectif, en accueil régulier, accueil occasionnel et accueil d’urgence pour des enfants de 3 mois à 3 ans.

Accueil périscolaire :  En dehors des temps d’enseignement, les enfants des écoles maternelles et élémentaires sont accueillis tous les jours dans les établissements scolaires, avant et après la classe, ainsi que sur le temps méridien.

Voilà pour les principaux lieux d’accueil collectifs. D’autres accueils sur ce lien à Paris.

Le mot garde n’est pas à bannir, ni garderie d’ailleurs. Mais c’est un peu comme le terme DDASS, encore utilisé pour parler des enfants confiés et pris en charge en dehors de leur famille, … aujourd’hui et depuis 1983, on parle de l’Aide Sociale à l’Enfance (ASE).

Ces mots ont fait leur temps. Ils appartiennent au passé de la Petite Enfance. Se tourner vers l’avenir permet de visualiser et d’intégrer les changements.

« Le terme « garde d’enfants » a été remplacé depuis de nombreuses années dans tous les propos par le terme « accueil d’enfants » parce que le terme précédent signifiait service et omettait les notions de qualité, la place et le rôle de chacun, au premier rang desquelles celle des parents dans l’éducation des enfants. »

Bien sûr, quand on n’est pas professionnel, il est difficile de tout savoir et puis les médias et parfois même des auteurs Jeunesse continuent à véhiculer les termes du siècle dernier et du précédent le dernier. Et malheureusement le grand site de la petite enfance n’a pas actualisé son vocabulaire non plus. Même la CAF est en retard dans sa mise à jour ! Bref, on n’est pas aidés.

Pourtant « le changement c’est (censé être) maintenant », enfin il parait,  depuis l’année 2012.

 

LoulousCreche
ici

 

 

Il est où Doudou dis-donc ? Au fait, qui est Doudou ?

doudou mechant
Ponti

 

Un peu de théorie :

« Doudou : objet préféré utilisé par le nourrisson et le jeune enfant pour se réconforter, notamment au moment de s’endormir.

La notion d’« objet transitionnel », introduite par D. W. Winnicott, appartient au domaine de la psychanalyse. L’objet transitionnel, qui a l’effet apaisant d’un substitut maternel, est la première possession de l’enfant qui est extérieure à son propre corps, bien qu’il ne le perçoive pas nécessairement comme tel. Il apparaît généralement entre quatre et douze mois, et permet à l’enfant d’effectuer la transition entre la relation à la mère et la relation avec d’autres « objets » de son environnement.

L’objet élu est généralement un objet matériel de texture douce (ce qui explique le nom familier doudou, provenant de la répétition du mot doux par l’enfant); il s’agit le plus souvent d’une couverture ou d’un bout de couverture ou encore d’un morceau de tissu (serviette, chiffon, mouchoir, par exemple) ou d’un animal en peluche, que l’enfant serre contre lui et suçote.

Ce terme ‘doudou’, de même que les termes anglais security blanket et blankie, sont des termes familiers, alors que les termes objet transitionnel et transitional object relèvent du vocabulaire spécialisé de la psychanalyse. [Office de la langue française, 2002] »

J’ajouterai qu’il est possible qu’un enfant n’ait PAS de doudou. Par contre, il aura un objet transitionnel pas toujours repérable.(Ils parlent même de phénomène transitionnel en psychanalyse)

Ce qui est regrettable, comme pour beaucoup de choses finalement, c’est que ce soit devenu un marché juteux et profitable, encore et toujours aux mêmes, en l’occurrence le lobby de la ‘puériculture’.

Ce qui me désole le plus c’est de voir tous ces sites de ‘doudous perdus‘ qui fleurissent sur le net…ou comment maintenir les enfants dans la dépendance de leurs parents (au doudou)… Oui, car on se demande bien pour qui c’est une catastrophe quand doudou est perdu. D’ailleurs qui panique quand on ne le retrouve pas en fin de journée au multiaccueil ? Pas nous les professionnels et encore moins l’Enfant en question…Bref.

Pour ma petite histoire, c’est au moment de l’inscription de mon fils à une halte-garderie que j’ai dû me pencher sur la question. La directrice a insisté pour que l’Enfant ait ‘quelque chose de la maison’. Sauf qu’il avait choisi les maillots de corps de sa maman le cher Enfant. Il avait décidé que son doudou c’était mon odeur…j’ai eu beau dormir avec le doudou que j’ai choisi pour lui (Vivi la marmotte) et tenter de l’imprégner de mon ‘parfum’, il n’en a pas voulu ! Il a hurlé à plein poumons à chaque fois que je l’ai laissé à la halte-garderie. Pas que 5mn, non, non pendant toute mon absence, échelonnée selon une période d’adaptation. A la fin de ladite période, la directrice a décrété que mon fils n’était pas prêt à passer du temps en collectivité. Il avait 8 mois et j’avoue que je n’étais pas prête non plus.

Le doudou que je lui ai proposé pour aller à la halte-garderie est finalement devenu ‘sa grande amie’ : Vivi la marmotte. Mais quand il ne l’emmenait pas avec lui, on ne retournait pas la chercher. Quand il fallait le passer en machine, il attendait…et pourquoi j’en aurai acheté deux, trois identiques… ???

Un doudou c’est LE doudou (ou alors plusieurs différents, mais pas tous en même temps), sinon c’est une collection d’articles de puériculture.

J’ai toujours expliqué mon point de vue à mon fils sur son doudou, c’était à lui de s’en occuper. On ne peut pas dire que ça demande beaucoup de travail. L’enfant apprend le sens de la propriété et les prémices des responsabilités, Y’a pas d’âge pour inculquer le sens des réalités : « Vivi est restée à la maison ? Tu la retrouveras ce soir » et j’explique, je ne négocie pas, je ne compense pas. L’Enfant sait quand il a besoin de son doudou donc il gère, je peux lui faire confiance. L’adulte est présent pour lui expliquer si c’est possible ou non et pourquoi de garder Doudou dans différentes circonstances. A table, j’ai du mal à accepter sa présence, par exemple…

En fait, si l’adulte ne panique pas, il y a de grandes chances pour que l’Enfant ne panique pas non plus.

@jout : dernier débat en date sur FB : « le doudou peut-il rester à la crèche ? Doit-il faire la navette entre la maison et la crèche ? »
Si ce n’est pas un objet transitionnel, pourquoi pas ? L’enfant exprime t-il le besoin de le prendre avec lui ? Si oui, alors c’est lui qui décide surtout s’il a investi cet objet en tant que tel. Je me demande même pourquoi il y a débat…

Et s’il est perdu ? Et bien, dans la vie il arrive que l’on perde des objets auxquels on tient. Expérimenter la perte et le chagrin ce n’est pas une mauvaise chose. Si c’est accompagné par des mots de réconfort, l’enfant sent qu’il est soutenu et passe à autre chose.

Je conclue sur une phrase de Winnicott qui en dit long sur l’inévitable sevrage :  » Autant la mère doit avoir pu illusionner son enfant sur sa capacité à créer le sein qui le satisfait, autant elle doit s’employer à le désillusionner, en ne s’adaptant qu’incomplètement aux besoins de l’enfant  »

Vous l’aurez compris, je fuis les magasins de puériculture mais pas les créateurs qui ont du talent. Je rajoute donc un lien vers le site d’une amie qui coud des beaux doudous comme je les aime. Pour les voir c’est ici :  doudous de sa page facebook ou là : Bébélyste.

Si vous avez des anecdotes à partager, pour illustrer mon témoignage, je serai ravie de les lire.

Comment informer et protéger l’enfant du harcèlement, de la « pédophilie… » ?

Réédition du 16/03/13/Blogspot/retravaillé le 18/10/17

Ce sujet me questionne depuis longtemps mais mettre en mot ce que j’en pense est une autre affaire. Je prends le risque.

Une dépêche d’actualité toute récente (aujourd’hui) vient de me piquer au vif ! « La pédophilie doit être traitée comme une « maladie » non comme un crime, selon un cardinal ».

Pour des sujets plus qu’épineux comme celui-ci, j’ai tendance à avoir un avis nuancé. Je fonctionne un peu plus en mode thèse, antithèse et synthèse. C’est loin d’être évident, avec du recul, de saisir un plan dans mon « blabla », vous m’en voyez désolée.  Mes idées restent désorganisées, finalement.

L’avis de ce cardinal est de prime abord vraiment choquant. C’est que la « pédophilie » c’est un sujet corrosif (dans tous les sens du terme).

Je partage la définition de Wikipedia et dans le fond le cardinal en question a raison, c’est bien une maladie psychiatrique mais ça devrait se nommer autrement car étymologiquement le terme n’a plus son sens initial. Si on veut faire une différence, la pédérastie s’apparente au crime car elle est envisagée de façon consciente et préméditée (parfois réciproque, ce qui complique la notion de délit) contrairement à la pédophilie. Je ne débattrai pas plus sur cette nouvelle qui m’a fait réagir, c’est trop prendre partie et ça ne m’intéresse pas. A la limite, je serai capable de dire le fond de ma pensée qui est : si le mariage existait chez les prêtres, peut-être y aurait-il moins de déviances…peut-être bien sûr, car il y a malheureusement des malades qui sont mariés, en couple…bref c’est un très délicat sujet.

La question reste la même quant à la protection des enfants et à la façon dont on peut leur en parler. C’est ce qui nous préoccupe en tant que parent et professionnel.

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Pour parler des violences, du harcèlement etc.

J’ai lu, un jour, un livre avec des moins de 3 ans en multiaccueil. Il m’a surprise et bousculée. D’habitude, je lis les livres seule avant d’en faire la lecture aux enfants. J’avais fait l’impasse, cette fois-là. J’ai gardé bonne figure parce que je savais que ma compréhension différait complètement de celle des enfants, mais intérieurement j’étais extrêmement mal à l’aise.

Je pense qu’il est important d’en parler en équipe, avec pour objectif une cohérence pédagogique. Les professionnels de la petite enfance envisagent ce sujet de manière différente et souvent subjective. Sans doute parce que c’est un sujet, souvent, oublié en formation. Les sujets de ce genre sont difficiles à appréhender car chacun a son opinion (l’avis personnel jugeant) et c’est presque toujours violent. Je peux comprendre cela. Pourtant, tous les malades, quels qu’ils soient m’inspirent, de l’empathie.

Le problème, à mon sens, c’est l’amalgame médiatique des situations complexes, un peu trop simplifiées et donc mal comprises car rendues confuses au grand public. La désinformation fait vraiment d’énormes dégâts et alimente la haine.

Depuis qu’il est petit, je répète inlassablement à mon fils que son corps lui appartient, que personne n’a le droit d’y toucher. Dès lors qu’il a su se laver seul, ce fut plus simple de lui expliquer que même moi je n’avais pas à insister sur les zones érogènes. Évidemment je lui ai expliqué avec des termes simples et à sa portée de compréhension. J’ai utilisé des mots plus accessibles : « ton zizi il est à toi. Personne ne peut t’obliger à le montrer, à le faire toucher. Ni papa ni maman. Ni qui que ce soit. Même si tu as confiance » etc.

J’ignore si cela suffit à l’alerter du danger et s’il se méfie à bon escient des adultes « déviants ». Il est grand mais est-il à l’abri ? Il est plus informé que lorsqu’il était petit car les précisions sont arrivées en fonction de son âge. @jout : l’aîné est proche de la majorité. C’est au tour de son petit frère d’être sensibilisé.

Voici en liens, ce que j’ai trouvé sur le net pour envisager des pistes qui conviendraient éventuellement à chacun, car je ne détiens aucune réponse :

 Pour élargir le thème sur le harcèlement, sous toutes ses formes, l’actualité est propice et même si cela semble choquant, je fais partie de celles et ceux qui sont soulagés que l’abcès CRÈVE. Il sera nécessaire que de vraies dispositions soient prises, face à cet océan de témoignages #moiaussi #balancetonagresseur et autres hashtags qui inondent les réseaux sociaux.
L’enfant est un individu influençable et fragile. L’adulte a pour rôle de le protéger, des malades et des pervers, sans distinction.

L’éducation fait partie des étapes incontournables pour sensibiliser les enfants à ce fléau qu’est le harcèlement. Au quotidien, il y a quantité d’événements qui permettent d’illustrer nos propos. ça peut commencer par répéter inlassablement que le chat ou autre animal est un être vivant, qu’il n’a en aucun cas à supporter que sa queue soit tirée, qu’il soit embêté surtout quand il montre des signes d’énervement et qu’il griffe ou mord en retour. Répéter et agir en conséquences en éloignant l’enfant de l’animal. Il n’y a rien de banal à laisser un enfant « jouer » avec un animal qui montre que ça suffit !
C’est primordial de signifier à un enfant qu’un autre enfant qui recule, qui s’éloigne, qui dit stop ou qui pleure, n’a plus envie. Une fois j’ai perdu mon sang froid en EAJE. Une petite fille pleurait fort et trois garçons étaient sur elle, littéralement allongés en rigolant. Même si une collègue était là, j’ai agis avec mes tripes. Ma voix est montée de deux crans. Je les ai enlevé un par un, (sans brutalité, je précise) et j’ai dit assez fort « elle vous a dit NON !!!!! ». J’ai expliqué à chacun, une fois mon calme revenu, le pourquoi de ma colère. J’ai rassuré cette enfant, en lui disant qu’elle avait eu raison de pleurer très fort et que si une prochaine fois ça arrivait, qu’elle vienne immédiatement prévenir un adulte. Ces comportements enfantins semblent anodins mais NON, ça n’a rien d’amusant, de léger, c’est à prendre en compte et c’est vital de mettre des mots dessus, d’expliquer pourquoi c’est INTERDIT d’insister quand l’autre refuse (même en ne disant rien).
C’est un vaste sujet et j’avoue que je suis trop touchée pour en parler sereinement. Ce flot de témoignages est bouleversant.

Aimer les enfants ?

amour

Encore merci aux débats sur FaceBook qui me donnent des idées à approfondir.

A ce sujet (aimer les enfants), une fois encore, les professionnels de la petite enfance sont partagés, voire divisés.

Comme je l’expliquais durant la discussion sur FB, j’ai longtemps prôné le « non-amour » des enfants, avant d’être EJE et même un peu pendant la formation (pour les enfants des autres hein. Les miens sont une merveille, évidemment). Paradoxalement, j’ai toujours porté un intérêt bienveillant aux enfants que j’ai rencontré. Sans les aimer et en trouvant leurs comportements plutôt pénibles, pour être honnête. Oui c’était possible pour moi de penser comme ça. Affabilité et irritation se côtoyaient. Je me souviens, ma mère me disait qu’il serait préférable que je ne travaille jamais avec ce public. Quel chemin parcouru, me direz-vous !

Depuis que je suis mère, je suis devenue une sorte de guimauve sur pattes, sans dépréciation de moi-même, au contraire. Voir la vie en rose bonbon, c’est agréable aussi. Dans un temps limité, par contre, sous peine d’overdose. La vie est comparable à un arc-en ciel, elle n’est pas rose.

C’est en prenant de l’âge et sûrement en apprenant à m’aimer, à aimer l’enfant que j’ai été…puis à aimer les autres que j’ai aimé tous les enfants, les petits d’Hommes, les êtres humains en devenir, les futurs adultes. Avec pour définition à ce vaste mot la numéro 3 du lien. Et avec pour synonymes : estimer, apprécier.

Des EJE pensent qu’aimer les enfants c’est sortir du cadre de leur travail. Je trouve que c’est d’une rudesse… mais je respecte. « Travailler avec de l’humain », comme on dit, nécessite (pour moi en tous cas) d’avoir un minimum de goût pour les autres. Donc de l’amour.

Le questionnement du départ de nos échanges c’était de savoir quoi répondre à un enfant qui dit ‘je t’aime’ à un professionnel. J’avais répondu que je disais toujours ‘je t’aime aussi’ en retour. Parce que ce n’est pas tabou, parce que je le pense sincèrement, parce que c’est spontané pour moi. Je comprends que des collègues répondent autre chose ou sourient simplement mais je ne comprends pas la réponse ‘je t’aime bien’. Dans mon vécu ‘aimer bien’ n’a aucun sens. Tout comme le fameux ‘il faut/on doit aimer les enfants’.

En fait, chacun a son histoire avec le mot aimer et sa mise en pratique. Comme je suis entourée d’amour maintenant, c’est naturel pour moi de le partager.

Je précise, pour ceux qui n’ont pas lu mes autres écrits sur ce site : aimer les enfants, ce n’est en aucun cas la permission de bisouiller ou de câliner selon son désir d’adulte.

Les réactions étaient très intéressantes, notamment ce qu’il advenait des enfants qui ne l’expriment pas et auxquels on ne le dit pas : ne les aimons-nous pas ? J’ai répondu qu’au quotidien, je pense qu’ils sont assurés au moins de notre considération infaillible. Je ne généralise pas, je parle des équipes dans lesquelles j’ai travaillé. Mais il est vrai qu’un enfant peut se sentir mis à l’écart s’il n’ose rien dire.

Et les enfants qui ne nous aiment pas et le disent ? Je l’ai déjà entendu à mon encontre le « je t’aime pas toi, t’es méchante », chez les plus grands, à l’école notamment. Je ne réponds pas. Je continue à accompagner cet enfant. A peine quelques minutes plus tard, il a complètement oublié ce qu’il a dit et me laisse m’occuper de lui. Les émotions sont parfois fugitives et souvent intenses chez l’enfant. En tant qu’EJE, je les reçois et je les laisse s’exprimer. Je m’accorde le droit d’exprimer les miennes tant qu’elles ne sont pas blessantes.

Qu’en disent des « experts » ? Je connais un méchant personnage qui dit que dans la vie on a surtout besoin d’oxygène.

amour House

Une psychanalyste explique que l’amour ne suffit pas. Elle dit aussi que ça aide l’enfant à grandir.

Pour conclure :

« Aimons toutes les âmes comme si chacune était celle de son propre enfant. » Graham Greene.

Oui, j’ai modifié le début de la citation à cause du « il faut » proposé. J’ai des doutes sur la traduction.

Ce sujet est important pour moi. Ce monde manque cruellement d’amour et même d’oxygène ! Est aveugle ou dans le déni celui/celle qui ne remarque pas cette disparition inquiétante.

Encore un sujet tabou : l’argent.

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Je lis souvent qu’un Éducateur de Jeunes Enfants quand il choisit d’exercer ce métier, ne le fait pas pour le salaire. Certes.

Mon avis a eu le temps d’évoluer depuis que je suis diplômée.

Personnellement, j’ai un rapport avec l’argent qui m’a donc conduite à ne pas avoir de vocation carriériste.

J’ai toujours voulu être utile. J’aurai bien été capable d’être bénévole à vie, alors que je ne me suis pas encore engagée dans le bénévolat. Je n’ai pas choisi une profession sur un critère de rentabilité, qui « paie bien ». J’ai d’ailleurs choisi un secteur qui souffrait déjà d’une répartition aléatoire en matière de poste…et par conséquent pas à l’abri du chômage. Je ne l’ai appris qu’en cours de formation.

Pour en revenir à la phrase qui commence ce billet : est-ce une raison pour accepter d’être aussi mal rémunérés ? Et pire de s’en contenter ? C’est sidérant de constater le montant des salaires des travailleurs sociaux en général. Celui des EJE est remarquablement bas. Il est aussi complètement disparate selon des critères que je ne maîtrise pas vraiment : entre la fonction publique, ses échelons et ses grilles indiciaires, la fonction hospitalière, le privé, l’associatif etc. Inégalité aussi entre les régions, pour tous les corps de métier. Il y a de quoi en perdre son latin !

Quelles explications à ces observations ? J’avoue que je ne fais que remarquer et être consternée. Le système nous conditionne à penser que c’est normal parce que « dans le social, on ne travaille pas pour l’argent« . Euh oui et on travaille pour quoi ? La gloire ? La solidarité ? L’égalité des chances ? Si mes valeurs sont les deux dernières propositions (solidarité et égalité des chances), je me bats pour les autres mais pas pour moi ?

Il parait qu‘il ne faut pas avoir un bac+5 pour faire faire des siestes et changer des couches…La phrase a fait grand bruit car elle montrait une méconnaissance du métier d’enseignant de maternelle : les enfants sont acceptés sans couche et les enseignants ne surveillent pas les siestes. Quoiqu’il en soit, des professionnels de la petite enfance se sont sentis un peu visés et dévalorisés. Dans le milieu de la petite enfance, le rôle des professionnels ne se résume pas du tout à changer des couches et à surveiller des siestes.

Le combat mené pour la demande de reconnaissance à bac+3 n’est que la partie immergée de l’iceberg du mécontentement ambiant et grandissant des travailleurs sociaux. La reconnaissance passera par la revalorisation des diplômes, donc des salaires. Mais quand ? Quand les poules auront des dents ?

L’argent est devenu une nécessité, c’est comme ça dans notre société. Le manque d’argent, me fait accepter des CDD précaires, des remplacements d’auxiliaires de puériculture, des temps partiels…Et pourtant, le besoin viscéral d’exercer mon métier, me fait aussi accepter ces CDD alors que je serai bien mieux indemnisée confortablement assise chez moi à ne rien faire ! Il faut savoir que travailler ne signifie pas gagner plus quand on est demandeur d’emploi. Actuellement je perds de l’argent en travaillant. Non, vous n’avez pas la berlue. Je suis sûre que cette situation est bien connue des personnes dans cette même situation. Cherchez l’erreur. Souvent je me demande si ce monde est sérieux…

@ctualisation : depuis peu, je travaille à plein temps, à mon grand bonheur. Bon, c’est un CDD dans une autre région (qualifiée de « chère » sans que la rémunération suive, bien sûr), mais j’aime exercer mon métier . J’ai fait ce choix, sans regrets. Pas pour l’argent, même si je râle déjà et que je serai la première à descendre dans la rue si besoin (non, en fait).

C’était le billet d’humeur, à peine un brin provocateur…

ici